Idéal

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Don Quichotte. Daumier. 1868. Neue Pinakothek. Munich.

Le Grand robert de la langue Française Qui est conçu et représenté dans l’esprit sans être ou pouvoir être perçu par les sens.

Qui atteint toute la perfection ou réuni toutes les perfections que l’on peut concevoir ou souhaiter.

Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Lalande : Ce qui donnerait une parfaite satisfaction à l’intelligence et aux sentiments humains… Ce qu’on se propose comme type parfait ou comme modèle dans un certain ordre de pensée ou d’action.

Les intérêts esthétiques, moraux ou intellectuels, en tant qu’ils s’opposent à ceux de la vie matérielle.

Dictionnaire philosophique. André Comte-Sponville : C’est quelque chose qui n’existe qu’en idée, donc, qui n’existe pas… Rien n’est vrai dans l’idéal, que la valeur que nous lui prêtons – que le désir, qui nous fait agir.

Trésor de la langue Française: Manière de penser de quelqu’un qui poursuit un idéal. Attitude pratique ou intellectuelle de celui qui oriente sa pensée, son action, sa vie, d’après un idéal. C’est aussi (poussé à l’extrême)  l’attitude de celui qui refuse la réalité, qui vit de chimères, d’illusions

Synonymes : Aspiration. Canon. Désir. Modèle. Perfection. Souhait

Contraires : Concret. Cynisme. Prosaïque.

Par analogie : Accompli. Beau. But. Châteaux en Espagne. Chimère. Horizon. Idéologie. Illusions. L’inaccessible étoile.  Merveilleux. Pur. Parfait. Projet. Quête. Rêvé. Utopie.

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«  Dans la vie sociale, c’est encore l’idéal qui rassemble les âmes autour d’un but commun; hors de là, il n’y a qu’utilité, et l’utilité, loin de concentrer et d’unir, sépare et disperse » (Louis Liard. La science positive et la métaphysique. 1893.)

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« Un idéal est une idée qui s’empare d’un individu, ou d’une société, sous l’impulsion d’une autorité intérieure. Ceci veut dire que nous aurons à faire une synthèse de ces voies à travers la théorie et la vie » (Georgia Harkness. Les sources de la morale occidentale. Payot. 1957)

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L’idéal est quelque chose que nous nourrissons consciemment et inconsciemment. William James nous rappelle : « Qu’il nous faut être capable d’apprécier des types de vie différentes de la notre, de lutter contre toute idée reçue, ou snobisme intellectuel, et que si nous ne sommes pas prêts à prendre des risques pour réaliser notre idéal nous sommes tout à fait méprisables, aussi nobles que soient nos idéaux »

L’idéal n’est pas but déterminé, un point d’aboutissement final, ni un projet bien ficelé, ce qui le rapprocherait du dogme. L’idéal n’est qu’une ligne d’horizon, l’étoile qui oriente. L’idéal n’est pas « aller à » mais « aller vers » !  (Luis)

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 « Ecrire l’histoire des idéaux moraux, c’est aussi écrire l’histoire de la civilisation, dire de quoi les hommes ont rêvé de vivre et ce qu’ils se sont transmis dont ils avaient vécus » (Georgia Harkness. Les sources de la morale occidentale. Payot. 1957)

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 « Comment en est-on arrivés là ? Pourquoi tenons-nous désormais en suspicion les idéaux que, deux siècles plus tôt, les esprits éclairés considéraient comme les piliers de la civilisation européenne ?  Claude Capelier, dans : La plus belle histoire de la philosophie, coécrit avec Luc Ferry)

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Des philosophes comme John Dewey, défendent l’idée que «  le pragmatisme, qui ne juge qu’à l’aune des résultats, peut être à la fois, réaliste et idéaliste, la pensée seule peut donner naissance à des projets, des idéaux, qui transformés en acte, donneront des fins souhaitables pour tous » (John Dewey)

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 « …améliorer l’humanité ! Voilà bien la dernière chose que j’irai promettre. N’attendez pas de moi que j’érige de nouvelles idoles ! Que les anciennes apprennent plutôt ce qu’il en coûte d’avoir des pieds d’argile. Renverser les idoles (c’est le mot que j’emploie pour les idéaux). (Nietzsche. Par delà bien et  mal)

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Rêver un impossible rêve

Porter le chagrin des départs

Brûler d’une possible fièvre

Partir où personne ne part

Amer jusqu’à la déchirure

Aimer, même trop, même mal,

Tenter,  sans force et sans armure,

D’atteindre l’inaccessible étoile

Telle est ma quête

Suivre l’étoile

Peu m’importe mes chances

Peu m’importe le temps

Ou dans ma, désespérance

Et puis lutter toujours

Sans question ni repos

Se damner

Pour l’or d’un mot d’amour

Je ne sais si je serai ce héros

Mais mon cœur serait tranquille

Et les villes s’éclabousseraient de bleu

Parce qu’un malheureux

Brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé

Brûle encore, même trop, même mal

Pour atteindre à s’en écarteler

Pour atteindre l’inaccessible étoile

Jacques Brel (L’homme de la Mancha)

Paroles originales de Joé Darion.

Musique de Mitch Leigh.

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Lorsque des sociétés traversent des crises morales, qu’elles perdent leurs repères, quand elles s’éloignent de leurs valeurs, alors il faut des hommes porteurs d’un idéal pour passer cette crise. Si cet idéal est celui d’un groupe minoritaire et dominant cela peut conduire à une dictature. Si en revanche,  l’idéal est porté par tout un peuple cela peut être  source de paix et de progrès social, «  le rôle de l’humanité est l’avancée de nos idéaux » (William James) (Luis)

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Débat:  » Être idéaliste, est-ce dépassé?  » (11 avril 2007) Introduction :  En philosophie, l’idéaliste considère que le concept intellectuel , l’idée même qui se fait par l’esprit, est une réalité irréductible, une idée, une projection qui ne saurait s’effacer devant ce qui est généralement admis comme réalité. . Nous aurons d’autres modèles, d’autres exemples de l’idéalisme au cours de l’histoire, comme nous le dit Robert Musil : « La réalité d’aujourd’hui est pour une part essentielle le produit des rêves du passé. Le monde actuel est celui que les générations passées ont voulu, sans l’avoir jamais vu tel qu’il est ».
Les philosophes des Lumières vont faire aboutir un projet d’idéal longtemps considéré comme utopie. Mais cette soif d’idéal va aussi engendrer Robespierre qui va vouloir établir « une République de la vertu », mais toujours entre  l’idéal rêvé, et les contraintes qui s’en suivent, se dresse des oppositions. Ce bel idéal sera détourné, ce qui aboutira à la République bourgeoise, et va permette le 18 brumaire, qui anéanti cet idéalisme des Lumières. Ceci doit nous remettre en mémoire que cette quête d’idéal, a  toujours été, et peut être encore aujourd’hui  récupéré, détourné à des fins politiques contraires à l’idéal recherché. Mais la quête d’idéal avec les risques qu’il comporte reste un moteur de l’histoire : « Les grands hommes, (écrit Ralph Waldo Emerson) les génies, les géants, n’ont fait de grandes choses, que parce qu’ils étaient inspirés par un grand idéal. On a besoin d’accrocher sa charrue aux étoile ».
Idéal et Idéologie : « Les deux mots viennent d’eidon, « image », « représentation », mais aussi « forme » et « beauté, qui a donné le mot « idée » ; les idéologues sont une invention récente et révolutionnaire – dressant à la manière totalitaire son « catalogue des idées », sa « grille » d’interprétation, alors que l’idéalisme est né de la notion religieuse, chevaleresque et philosophique de l’idéal, parente du concept originel de beauté.  On forge une idéologie, on tend vers quelque chose, on rêve d’un idéal. L’une sort toute armée du cerveau (d’un idéologue), l’autre s’élabore, comme une vision de l’esprit à laquelle les sens n’ont pas accès – ce que Balzac appelait « la mystérieuse fleur de l’Idéal ». L’idéal nous entraîne, l’idéologie nous enchaîne, nous soumet à sa loi : elle a des obligations de résultat.
Nous restons nombreux à nourrir un « idéal réaliste » parce que nous savons que l’idéal que nous poursuivons est réalisable, « Il faut aller à l’idéal en passant par le réel » (Jaurès) Se départir de ses idéaux, c’est refuser  que la société et l’homme   ne soient soient perfectibles, c’est enfermer l’individu dans un horizon indépassable, c’est  alors perdre la part la plus importante de notre humanité. « On ne devient pas vieux  » nous dit Douglas MacArthur « d’avoir vécu un certain nombre d’années, on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal » « Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l’âme » (Luis)

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Idéal. « C’est ce que nos idées, notre pensée conçoivent de plus élevé par rapport à la réalité.
L’idéal, ne s’oppose donc pas à la réalité ; Il en est la forme la plus haute. L’idéal est la réalité poussée à a perfection
Le réel est imparfait, sans ordre,  sans beauté, sans lois apparentes, sans justice et sans bonté. C’est nous qui, avec le meilleur de nous-mêmes, avec notre esprit, projetons l’harmonie, la beauté, la vérité, la morale dans l’univers amorphe et amoral.
Le réel est matière ; il est un tas de pierres, à nous de lui donner une forme, de construire des édifices de styles conçus par notre imagination créatrice.
Celle-ci est en perpétuelle quête d’un triple idéal ; idéal de vérité qu’elle poursuit, par la science et la philosophie ; idéal de beauté par l’art ; idéal de justice et de charité, par le droit et la morale. […]
L’idéal n’est donc pas l’utopie. Celle-ci se situe dans les nuages et même hors du monde. Il n’y a nulle place pour elle. Elle est pure fantaisie. L’idéal, au contraire, est la réalité de demain. Ne rions pas des idéalistes. Ce sont les artisans de l’avenir, les précurseurs. Sans eux nous en serions encore à l’âge des cavernes…. » (Charles Hertrich. Les mots qui sauvent. 1945)

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