Médisance

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L’Ecole de la médisance; johann Zoffani. 1782 Lady Leven Art Gallery. (England)

Grand Robert de la langue française : Action de médire, de dénigrer, diffamer…

Dictionnaire philosophe d’André Comte-Sponville : Dire le mal qui est, mais pour le plaisir de le dire plutôt que par devoir de le dénoncer. C’est une sincérité mauvaise…et l’un des plaisirs de l’existence

Synonymes : Calomnie. Dénigrement. Détraction. Diffamation.

Contraires : Louanges.

Par analogie : Bavardage. Cancan. Commérage. Doute. Horreur. Médire. On-dit. Potin. Persiflage. Racontar. Ragot.  Satyrisme. Suspission.

Expressions: Casser du sucre sur le dos. Langue de vipère. Il n’y a pas de fumée sans feu

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« Sénèque : ou le toréador de la vertu »
« Kant ou le cant comme caractère intelligible » (En anglais, discours hypocrite)
« Victor Hugo : ou le phare sur la mer de l’ineptie »
« George Sand : ou « lactea ubertas », en allemand la vache à lait au beau style » (Nietzsche. Crépuscule des idoles)

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« La médisance habituelle, dont le loisir des salons et la stérilité de l’esprit font une espèce de nécessité, peut plus ou moins être modifiée par la bonté du caractère ; mais il en reste toujours assez pour qu’à chaque pas, à chaque mot, on entende autour de soi le bourdonnement des petits propos qui pourraient comme les mouches, inquiéter même le lion »  (Madame de Staël. De l’Allemagne)

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Un duo humoristique, « Les vamps » dans un de leurs sketches, commencent ainsi : Lucienne :Qu’est-ce qu’on fait ?
Gisèle : Si on disait du mal ?
Lucienne ; Oh oui, par quoi on commence ?
Mâm Jeansen par exemple…Vois savez c’qu’on raconte ? y paraîtrait à ce qui paraît qu’elle ouvre sa porte à tous les représentants…et y viennent pas que pour représenter……


George Sand. – «  J’ai lu les premières lettres d’un voyageur : c’est,  comme tout ce qui est issu de Rousseau, faux, construit, baudruche, outré. Je ne supporte pas ce style bariolé de papier peint ; tout aussi peu que l’ambition plébéienne en quête de sentiments généreux. Le pire demeure à coup sûr la coquetterie féminine, assortie de traits masculins, de manières d’adolescents mal élevés. Qu’elle a du être froide en dépit de tout cela, cette artiste insupportable. Elle se remontait comme une horloge – et écrivait…Froide, comme Hugo, comme Balzac…. ! Et avec quelle suffisance elle a pu rester étendue là, cette vache à écrire productive qui avait quelque chose d’allemand au mauvais sens du terme… «   (Nietzsche. Crépuscule des idoles)

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 « Platon va plus loin. Il dit, avec une innocence pour laquelle il faut être Grec… ? Qu’il n’y aurait pas de philosophie platonicienne : que c’est seulement leur vue qui plonge l’âme du philosophe dans un vertige érotique et ne lui laisse nul repos qu’elle n’ait planté dans un si beau sol la semence de toutes les choses élevées…On devinera à tout le moins qu’à Athènes, on pratiquait la philosophie, autrement… »  (Nietzsche. Crépuscule des idoles)

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Mon nom est médisance
Parce que je n’ai pas de nom ou de visage.
Il est impossible de me traquer.
Plus vous essayez plus je deviens élusive.
Je ne suis l’amie de personne.

Une fois que je ternis une réputation, rien n’est plus pareil.
Je renverse des gouvernements, détruis des amitiés et ruine des mariages.
Je brise des carrières et cause de l’insomnie, des mots de cœur et de l’indigestion.
Je sème la suspicion, et je génère la peine.
Je brise la confiance et fais naître la peur et le doute.
Je fais pleurer des gens innocents dans leurs oreillers.
Et je me plais dans la destruction de relations.

Médisance de bureau,  v
De famille, au téléphone, sur Internet,
Je suis la cause des grands titres et des maux de tête
 ( ?)

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« On disoit à Aristote que quelqu’un avoit mesdit de luy : «  Qu’a-t-il facé plus, dict-il, qu’il me fouëtte, pourveu que je n’y soy pas »  (Montaigne. L. II. § XXVII)

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« Puis immanquablement viendra l’heure de la calomnie , cet art pervers de mêler, dans un même discours, le vrai et le faux, l’évident et le flou, le certain et le plausible. Puisqu’on ne peut jamais ni réfuter ni confirmer un tel discours, il produit à coup sûr l’effet visé : le soupçon, la méfiance. Car même les accusations semblent exagérées, chacun se convaincra qu’ « il n’y a pas de fumée sans feu », et le doute est installé ». (Pierre-Henri Tavoillot. La morale de cette histoire. Michel Lafon. 2020)

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