Oisiveté

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Jeune mère cousant au jardin. Mary Cassat. 1900. Metropolitan Museum of Art. New-York.

Dictionnaire Littré (en ligne) : État d’une personne qui ne fait rien, momentanément ou de façon durable, qui n’a pas d’occupation précise ou n’exerce pas de profession

Trésor de la langue française : Etat d’une personne oisive.

Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey: Le mot apparaît sous la forme « ouesif » (1350) et enfin oisif. Il qualifie une bête improductive, qui ne sert à rien, puis également une personne dépourvue d’occupation, sans profession (V; 1450) sens avec le lequel il est substantivé en « oisif' » (1553). Le nom désignant des personnes a pris une valeur sociale au XIXème siècle en relation avec la division de la société en deux catégories: travailleurs et oisifs (Rentiers, etc..)

Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : Desoeuvrement, fainéantise, ou manque d’occupation utile & honnête ; car ce mot  oisiveté renferme ces deux idées.
Il y a, dit la Bruyere, des créatures de Dieu, qu’on appelle des hommes, dont toute la vie est occupée & toute l’attention est réunie à scier du marbre : c’est très peu de chose. Il y en a beaucoup d’autres qui s’en étonnent ; mais qui sont entièrement inutiles, & qui passent des jours à ne rien faire, c’est bien moins que de scier du marbre.
Le desoeuvrement dans lequel on languit, est une source de désordre. L’esprit humain étant d’une nature agissante, ne peut pas demeurer dans l’inaction ; & s’il n’est occupé à quelque chose de bon, il s’applique inévitablement au mal ; quoiqu’il y ait des choses  indifférentes, elles deviennent mauvaises lorsqu’elles occupent seules l’esprit, s’il est vrai néanmoins qu’il y ait des personnes oisives qui s’occupent davantage de choses indifférentes que de vicieuses.

Synonymes : Farniente. Loisir. Otium. Désoeuvrement.

Contraires : Activité. Besogne. Etude. Occupation. Travail.

Par analogie : Badauder. Baguenauder. Buller.Congés. Contempler. Converser. Délassement. Détente. Disponibilité. Dolce vita. Ennui. Fainéantise. Flâner. Flémarder. Inaction. Indolence. Jeux. Paresser. Passe temps. Plaisirs.  Muser. Repos. Rêver. Sinécure.   Vacances.

Expressions : Bailler aux corneilles. Coincer la bulle. Faire le lézard. L’oreiller du diable. Ne rien faire de ses dix doigts. Se balader. Se croiser les bras. Se la couler douce. Se tourner les pouces. Tuer le temps

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« J’ai tellement besoin de temps pour ne rien faire,
qu’il ne me reste pas de temps pour travailler.
(Pierre Reverdy. 1889. 1960)

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« L’otium, vanté par les philosophes cyrénaïques [de l’école de philosophie fondée par Aristippe de Cyrène, élève de Socrate, Ndlr], mais aussi par Sénèque, Montaigne, ou Nietzsche, est le temps à soi mis à profit pour l’étude, la réflexion, mais aussi pour les plaisirs d’amour, de l’amitié, de la lecture ou de l’écriture. Il se situe hors du tumulte du negotium, c’est-à-dire des affaires et des occupations serviles. S’il s’oppose au travail  l’otium, le loisir, n’a rien à voir avec les loisirs. Les loisirs sont la continuité du negotium : qu’il s’agisse du football ou autres sports médiatisés, des voyages organisés, des fêtes de ceci ou cela – toutes ces agitations sont si intenses et si planifiées que les gens s’abrutissent. … Quant au retraité, il cumul les loisirs comme s’il recherchait à créer l’emploi du temps qu’il a perdu. L’authentique oisif est le professeur de philosophie dont le « travail » consiste à se rendre à l’école – du grec skholé qui – signifie l’oisiveté studieuse – Ayant beaucoup de temps pour se cultiver, le loisir est sa formation continue… ». (Philo Magazine N° 43. Frédéric Schiffer, Prof. De philo. Lycée D’Anglet).

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« L’oisiveté est la mère de tous les vices » (Alexandre Dumas)

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    L’oisiveté c’est au-delà de « se tourner les pouces », que de « coincer la bulle » ou « bailler aux corneilles. L’oisiveté ce n’est pas ne rien faire, l’oisif  est occupé à autre chose qu’à faire, c’est peut-être faire l’utilité de l’inutilité, c’est  retrouver du temps tout à soi, c’est suivant une formule entendue (je ne sais où) : être « maître des horloges »
L’oisiveté peut paraître être chose inutile à l’humanité. Roger-Pol Droit nous donne une belle définition en ce sens : « Nous avons, nous, singes ratés, depuis la nuit des temps, inventé et célébré, continûment l’indispensable nécessités des choses inutiles à notre survie » (Luis)   

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« La pratique de l’oisiveté est une chose contraire aux devoirs de l’homme & du citoyen, dont l’obligation générale est d’être bon à quelque chose, et en particulier, de se rendre utile à la société dont il est membre. Rien ne peut dispenser personne de ce devoir, parce qu’il est imposé par la nature […]
Il est honteux de se reposer avant travailler. Le repos est une récompense qu’il faut avoir mérité » (Article, oisiveté. Encyclopédie de Diderot et d’Alembert)

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    Lorsque Engels, dans la première moitié du 19ème siècle ira visiter les usines de filature de son père, il découvre que les ouvriers travaillent  seize heures par jour, et qu’il ne leur reste que huit heures pour (suivant la formule) reconstituer leurs forces de travail. Les riches industriels son persuadés que les ouvriers avec plus de temps de repos, de loisirs, tomberaient dans une oisiveté, et n’étant pas cultivés, ils  tomberaient dans les vices, le jeu, l’alcool, etc.
Bertrand Russel dans son « Eloge de l’oisiveté » écrit : « L’idée que les pauvres puissent avoir des loisirs a toujours choqué les riches »
Il est paradoxal que ceux qui redoutaient le plus l’oisivetédes pauvres étaient des oisifs à temps complet.
Un siècle plus tard les ouvriers, employés, vont découvrir loisirs et oisiveté en 1936. (Luis)          

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J’ai quitté le monde du travail (le negotium des grecs) il y a quelques années déjà, je suis un oisif àtemps complet ; trêve de plaisanterie. Mais toutefois, il faudra qu’un jour je trouve un jour le temps de m’ennuyer. En dehors du temps retrouvé, pour moi, pour les miens. J’ai occupé, j’occupe une grande partie de ce temps à la lecture, à l’étude. Étude et école en grecs ancien se disent « Skholé » soit  « l’oisiveté  studieuse », ou,  l’otium, (le loisir non oiseux) contraire des activités « negotium ».  (Luis)         

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Au début était l’oisiveté, pour une histoire de pommes, voilà que l’homme a du « gagner son pain à la sueur de son front ».  L’oisiveté, libère Adam. Cultiver l’oisiveté,  c’est conjurer la damnation.                                                                                                                                
Les allemands et les italiens, parlent de l’oisiveté « oreiller du diable » 
Les loisirs souvent sont la continuité du « negotium » (les activités). Ce sont les voyages organisés, réglés à la montre ; le bus repart demain matin à 7 h 30, le bateau fait escale 12 heures à Chypre, etc
Il y a des gens qui ne peuvent pas rester un moment sans rien faire. Pas de temps pour la rêverie, la contemplation. J’ai organisé parfois, des voyages, des randonnées à ski avec des proches, des amis, et souvent j’entendais le matin, alors, tu nous as fait le programme !  (Luis)      

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Lorsque Alexandre (pas Alexandre le Grand) non, l’autre, Alexandre « le bien heureux », vient de perdre sa première femme, chacun lui dit mais qu’est-ce que tu vas faire maintenant, oh rien répond t-il, puis de même au second et ainsi de suite et à chaque fois ce mot « rien » amène le sourire sur son visage.
Enfin ne pas avoir le « programme » de la journée.
Lui le rêveur celui qui connaît tout les chants des oiseaux il va enfin pouvoir se reposer. Mais il est considéré comme dangereux pour la société, il ne cultive plus ses champs, ce qui dans ce monde rural est un crime. (Luis)           

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Je crois qu’il a des personnes qui sont inaccessibles, insensibles à des spectacles comme :
Une mer déchaînée.
Un orage dans la montagne
Un feu de bois dans la cheminée
Figer le temps par la rencontre d’un cerf au détour d’un sentier de forêt…
Voir jaillir de l’eau un groupe de dauphins en haute mer
Une promenade en vélo
La lecture d’un bon roman
Ces instants sont du bonheur pur.
(Chacun ajoutera les siens)
A ces handicapés du temps de pause, l’inactivité leur est odieuse, ils la redoute.  Ils la redoute car peut-être craignent t-ils de se retrouver seul face à eux même ; ce sont ceux qui ne savent pas rêver, pas flâner, pas jouir d’un instant dans sa plénitude, pas s’évader par la pensée… Et je découvre au cours d’une lecture une confirmation « inattendue », (je le cite) : «  Plus on possède la faculté de contempler, plus on est heureux » (Luis)    

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« Toutes les heures de la journée mériteraient d’être consacrées à l’oisiveté, à la conversation, à la promenade, à la mobilité des désirs, seuls les tempéraments raidis, aliénés au système de production restent insensible à la douceur de ne rien faire. L’existence ne dépense ses charmes qu’à ceux  qui lui restent disponibles »  (Alexandre Lacroix. Philosophie magazine N° 89)

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« Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour lui, est un esclave » (Nietzsche)

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