Raison

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Le déesse de la Raison. Graveur: Barrasin. Vers 1820/1840.
Musée Canavalet. Histoire de Paris

Le Grand Robert de la Langue Française : Capacité de jugement par laquelle l’homme est capable d’organiser, de systématiser sa connaissance et sa conduite, d’établir des rapports vrais avec le monde. Dans certaines théories, système de principes qui dirigent l’activité de l’esprit et forment une règle, un modèle idéal de connaissance et d’action.
La faculté pensante et son fonctionnement chez l’homme, ce qui permet à l’homme de connaître, juger et agir, conformément à des principes (considérés plus ou moins comme stables) mais sa préjuger la valeur ce cette connaissance ou de cette action.
La faculté de penser, considéré d’un point de vue général et abstrait en tant qu’elle permet à l’homme « de bien juger et de distinguer le vrai du faux » (Descartes)
Connaissance que l’homme peut acquérir par ses rapports avec le monde, la nature, par opposition à toute connaissance qui lui fournie par une révélation.

(Philo.) : Pouvoir d’organisation, de synthèse, dont la valeur ne dépend que la nature de l’esprit humain système de principes a priori qui règle la pensée et dont nous avons une connaissance réfléchie.

Trésor de la Langue Française : Faculté qu’a l’esprit humain d’organiser ses relations avec le réel; son activité considérée en général tant dans le domaine pratique que dans le domaine conceptuel..
– Ensemble des facultés intellectuelles considérées du point de vue de leur état et de leur usage (capacité, force, intensité) par rapport à la normale

Synonymes : Bien-fondé. Faculté discursive. Intelligence. Justesse. Lucidité. Pensée. Rectitude. Sagesse.

Contraires : A priori. Croyance. Foi. Folie. Instinct. Intuition. Préjugé. Révélation.

Par analogie : Argument catégorique. Argument. Argumentation.  Arguments d’autorité. Bien. Bon sens. Cause. Cerveau. Compréhension. Conclusion. Conscience. Considération. Controverse. Déduction. Démonstration. Déraison. Dialectique. Dilemme. Discernement. Disputation. Discuter. Faculté discursive. Fondement. Entendement. Esprit. Illogisme. Intuition. Jugement. Logique. Lucidité. Mauvaise foi. Maturité d’esprit. Mobile. Motif. Objection. Observation. Paradoxe. Philosophie. Postulat. Pensée. Philosophie. Postulat. Preuve. Raisonnable. Ratiociner. Rationnel. Réfutation. Sensé. Sophisme. Sujet. Synthèse.

Expressions: A plus forte raison. Avoir raison.  Donner raison. Il n’y a de raison que. La raison du plus fort… N’avoir ni sens ni raison. Perdre la raison. Savoir raison garder.

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« Vous avez tort parce que vous êtes minoritaire »  (Staline)

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«  Le raisonnable et le déraisonnable se présentent différemment pour chacun, ainsi que le bien et le mal, l’utile et le nuisible. Aussi avons-nous besoin d’éducation avant tout pour apprendre à appliquer la notion universelle de raisonnable et de déraisonnable aux cas particuliers d’une manière conforme à la nature. Or, pour juger de ce qui est raisonnable et déraisonnable, non seulement nous utilisons les degrés de valeur des objets extérieurs, mais chacun de nous considère ce qui est conforme à son propre rôle. L’un trouve raisonnable de tendre le vase; il sait que, s’il ne le tend pas, il recevra des coups et qu’on lui supprimera la nourriture; s’il le tend, il n’aura rien de pénible ou de fâcheux à subir. Un autre juge insupportable non seulement de tendre lui-même le vase, mais encore d’admettre qu’un autre le tende. Si donc tu me demandes : « Tendrai je ou non le vase? », je te dirai : il vaut mieux recevoir de la nourriture que n’en pas recevoir; il vaut mieux ne pas être maltraité que l’être; si c’est à cela que tu mesures ce que tu as à faire, va et tends le vase. — Mais c’est au-dessous de moi! — C’est à toi, non à moi, de faire intervenir ce point dans la question ; c’eût toi qui te connais toi-même, qui sais combien tu vaux et combien tu te vends; chacun se vend à son prix ». (Manuel d’Epictète)

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«  Si Faust et Don Quijote sont des créations éminentes de l’art, c’est à cause des grandeurs sans mesure qu’ils nous montrent de leurs mains terrestres. Un moment vient toujours où l’esprit nie les vérités que ces mains peuvent toucher » (Albert Camus. Le mythe de Sisyphe. § L’espoir et l’absurde)

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« Quand la lutte s’engage entre la Bastille et le peuple, c’est le peuple qui finit par avoir raison », (Ch. De Gaulle) « Il n’y a pas de situation que la volonté d’un peuple ne puisse changer ».

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Raison et foi : « Il s’agit de l’intelligence de la foi dans ce qu’elle a d’intelligible, sans préjuger de son obscurité constitutive, propre au mystère, et ne cessant pour cela d’avoir une validité. La validité de la foi ne se mesure pas aux principes et concepts de la raison, car son objet propre et de connaissance et d’amour se situe au-delà de toute intellection. En ce sens la foi se présente comme impénétrable à l’intellection » (Métaphysique et raison moderne. Denis Rosenfield. Vrin 1997)

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« L’acte de croire présuppose en fait quelque chose d’incroyable. Et d’autant plus incroyable qu’il plus éloigné de la raison et plus proche de la foi » (Métaphysique et raison moderne. Denis Rosenfield. Vrin 1997)

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La raison : «  est un pot à deux anses qu’on eut saisir à gauche et à dextre » (Montaigne)

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« Selon saint Anselme, la tâche de la philosophie et, en ce sens, de la raison, consiste à fournir les raisons de la foi, présupposée comme vraie. La vérité, en tant que révélée, n’est pas l’objet d’un examen philosophique et reste hors de la portée de l’investigation rationnelle. Par conséquent, prouver ce qui est d’avance reconnu comme vrai place la raison dans la position d’auxiliaire de la foi, car il ne peut pas être question de remettre en cause la validité de cette vérité », (Métaphysique et raison moderne. Denis Rosenfield. Vrin 1997)

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« Ce qui est raisonnable et humain est irrémédiablement rentable ». (Baron A E. Séllière)

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Les procédés de Pascal pour prouver sont assez paradoxales, proches voir identiques du langage spécieux  de ceux qu’il va combattre le plus, les jésuites, ainsi pour lui le faux justifie le vrai, «  Il n’y a rien de si conforme à la raison, que le désaveu de la raison » (Pascal. Pensées. Fragment 272)   

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La « preuve ontologique » ou le raisonnementau secours de la foi :
« Le propos de saint Anselme consiste à chercher un « argument unique » qui lui permette de prouver l’existence de Dieu rationnellement, à la condition que se subordonne à l’existence déjà admise de Dieu comme elle est présentée dans la religion. Cela signifie prouver l’existence de quelque chose qui est préalablement accepté comme existant, donc, comme condition même de la preuve  (Métaphysique et raison moderne. Denis Rosenfield. Vrin 1997)

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Y qué sino la incertidumbre, la duda, la voz de la razón, era el abismo, el gouffre terrible ante que temblaba Pascal ? Y el que le llevo a formular su terrible sentencia, hay que entonterce ! »
« … et quoi, sinon l’incertitude, le doute, la voix de la raison, était l’abîme, le gouffre terrible devant lequel tremblait Pascal ? C’est ce qui l’amena à formuler cette terrible sentence, « il faut s’abêtir »  (Del tragico sentimiento de la vida. Miguel de Unamuno)

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 « La raison, si elle veut demeurer libre, doit donc revenir à sa seule fonction possible, celle d’exercer la critique, indépendamment de toute contrainte dogmatique » (Métaphysique de la raison moderne. Denis Rosenfield)

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« Ceux qui sont accoutumés à juger par le sentiment ne comprennent rien eux choses de raisonnement….Et les autres, au contraire, qui sont accoutumés à raisonner par des principes, ne comprennent rie aux choses de sentiments… » (Pascal. Pensées. 3-751.)
En fait il nous dit que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas »
Les thèses les plus caractéristiques de l’Averroïsme sont : la subordination ou la juxtaposition de deux vérités : Foi et raison.
Pour Avérroès, entre les deux visions des choses, il n’y a pas d’opposition, en ce sens que les vérités de la raison, peuvent contrevenir aux vérités révélées, la foi, sans pour autant impliquer une invalidation de celle-ci.
Saint thomas d’Aquin combat cette idée qui  pour lui, établi une doctrine de « double vérité ». Averroès affirme (tout de même) qu’il n’existe qu’une vérité unique, celle qu’atteignent les philosophes qui exigent toujours des démonstrations rigoureuses, fondées sur le rapport de causalité.
Averroès. Córdoba 1126. Marrakech 1198. Il sera exilé pour son manque d’orthodoxie, à Lucéna (Proche de Cordoba. 40 km) (Luis)

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« Si la raison est un don du ciel, et que l’on puisse dire autant de la foi, le ciel nous a fait deux présents incompatibles et contradictoires » (Diderot. Pensées philosophiques)

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« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Cette phrase proverbiale ne va pas pourtant dans le sens d’une opposition entre le sentiment et la raison. Elle indique une distinction entre deux façons de connaître et de comprendre, égales en dignité quoique très différentes dans leur modalité. Le coeur désigne d’abord une faculté intuitive de l’âme : « Le cœur sent que l’espace a trois dimensions ». Cela ne se démontre pas et ne s’énonce même pas. Cela s’éprouve comme une certitude indiscutable, non pas sur un sujet solitaire, comme le cogito de Descartes, mais par la communauté des êtres pensants que nous sommes. Autant nous pouvons ressentir  dans l’exercice de notre raison le sentiment de ne devoir qu »à nous-mêmes les résultats, même fragiles et limités de notre activité de pensée, autant le cœur nous donne gracieusement, sans qu’on l’ait mérité, la connaissance certaine de ce qu’il nous est nécessaire de savoir. Cela vaut aussi bien pour les choses du monde (l’espace, les nombres..) que pour celles qui forment le troisième ordre, que Pascal nomme l’ordre de la charité, où seuls règnent les sages et les justes. Cet ordre de la charité diffère de l’ordre de la chair, celui des « grands » de ce monde, et de l’ordre de l’esprit, celui des savants. (Pierre Guenancia. Pascal – Misères et grandeurs des hommes. Philosophie magazine N° 37)

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En visite à Paris le 13 septembre 2008 Benoit XVI déclare dans un discours : « Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à des possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves »

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«Ainsi la raison qui contrôle tout en nous, se contrôle elle-même ; et ce n’est point une supposition mais un fait que l’observation que l’observation constate immédiatement en nous et que les débats de la philosophie n’ont fait que traduire sur les scènes de l’histoire.. Mais de ce que la raison élève ce doute sur elle –même, s’ensuit-il que la raison qui peut l’élever puisse le résoudre ? Nullement…De quoi la raison doute t- elle ? Des principes qui la constitue, des principes qui sont pour elle la règle de ce qui est raisonnable et vrai. Quels moyens a-t-elle pour résoudre ce doute ? Elle n’en a et n’en peut avoir d’autres que ces principes mêmes ; elle ne peut donc juger ses principes que par ses principes. ; c’est elle qui se contrôle, et si elle doute d’elle au point de sentir le besoin d’être contrôlée, elle ne peut s’y fier quand elle exerce ce contrôle ; cela est si évident que ce serait faire injure au bon sens d’insister. Il y a en nous, et il est impossible qu’il en soit autrement, une dernière raison de croire ; en fait nous doutons de cette dernière raison ; évidemment ce doute est invincible ; autrement cette raison de croire ne serait pas la dernière. C’est ce que disent les Ecossais, quand ils soutiennent qu’il implique contradiction d’essayer de prouver les vérités premières, car si on pouvait les prouver elles ne seraient pas des vérités premières ; qu’il est insensé de vouloir démontrer les vérités évidentes par elles-mêmes, car si elles pouvaient être démontrées  elles ne seraient pas évidentes par elles-mêmes. C’est ce que Kant soutient, lorsqu’on ne peut objectiver le subjectif, c’est-à-dire que la vérité humaine cesse d’être humaine. On peut exprimer de vingt manières différentes cette impossibilité, elle reste toujours la même et demeure insurmontable »  (Théodore Simon Jouffroy. 1824. Préface de la traduction des œuvres de Reid. Page CLXXXIII)

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« Peut importe que je sois de bonne foi si la raison est juste, peu importe que la raison soit juste si je suis de bonne foi » (Prévert)      

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Quelques extraits des « Pensées » de Pascal :
« Soumission et usage de la raison, en quoi consiste le vrai christianisme (269-167)
«  Saint Augustin : la raison ne se soumettrai jamais, si elle ne jugeait qu’il y a des occasions où elle doit se soumettre » (270-174)
« Il n’y a rien de si conforme à la raison que ce désaveu de la raison » (272-182)
« Tout raisonnement se réduit à céder au sentiment » (274-530.P)
« Voilà ce qu’est la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison » (278-424), Là nous avons une rupture avec Descartes, qui établi l’existence de Dieu par la raison, le raisonnement méthodique

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 « On ne peut être que sceptique quant à la possibilité de sonder par la raison ce qui est l’objet de la foi. Du point de vue rationnel il lui paraît inconcevable que Dieu ait crée l’homme libre en prévoyant qu’il utiliserait sa liberté pour pécher » (Pierre Bayle).

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« L’homme doit renoncer à l’impertinence de vouloir juger la réalité au moyen de la raison individuelle, il doit au contraire la subordonner à la raison universelle, la foi, qui est le don de Dieu ». (Louis de Bonald)

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« Vouloir faire taire la raison face à une prétendue révélation, c’est comme s’arracher les yeux dans l’illusion de mieux voir, et cette illusion conduit au fanatisme ». (John Locke).

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« L’attitude des philosophes des Lumières se caractérise par une confiance illimitée dans la force libératrice de la raison qui s’exerce par la forme critique, surtout sur ce qu’ils considèrent comme la forme puissante d’illusions, qu’est la religion ». (Encyclopédie de la philosophie Pochothèque).

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« La certitude que donne la lumière divine est plus grande que celle que donne la lumière de la raison naturelle » (Pascal)

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On ne peut assez longtemps, chez notre espèce,
Fermer la porte de la raison,
Mais, dès qu’elle entre avec adresse,
Elle reste dans la maison,
Et bientôt elle en est la maîtresse.
(Voltaire)

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« L’opposition entre Platon et Aristote en matière philosophique de l’acte, éclaire un débat récurrent dans toute l’histoire de la philosophie morale. Platon est le premier à avoir soutenu qu’il existe une source de motivation propre à la raison, que la croyance relative au bien est active, capable de motiver et de définir les fins. L’action intentionnelle est au sens strict, celle qui précède cette action.
En revanche Aristote a souvent été présenté comme se plaçant à l’origine d’une tradition de Hobbes, Humes, et de tous les courants anti-intellectualistes, selon lesquels la raison est inerte et seul le désir détermine les fins ». (Monique Canto Sperber. Dict. Ethique et philosophie morale. Puf)

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« La raison est plus propre à démolir qu’à bâtir, elle connaît mieux ce que les choses ne sont pas, que ce qu’elles sont » (Bayle)

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 « Car une fois admis qu’il existe une raison édictante, ex tripode (du haut du trépied comme à Delphes) » Schopenhauer. Le fondement de la morale. 1841) Schopenhauer nous donne là une autre version de la raison suffisante de Leibniz

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Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments
mais, quelque autorité que sur eux elle ait prise,
Elle n’y règne pas, elle tyrannise.
Et quoique le dehors soit sans émotion,
le dedans n’est que trouble, et que sédition 
(Pauline  dans Polyeucte. Corneille 1642)

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« Dans le vieux débat cornélien  qui oppose toujours raison et passion, c’est le sujet lui-même qui a changé de camp. En témoigne à nouveau  le narrateur de «  la confession d’un enfant du siècle » lorsqu’il écrit : « Il est certain qu’il y a dans l’homme deux puissances occultes qui combattent jusqu’à la mort ; l’une, clairvoyante et froide s’attache à la réalité, la calcule, la pèse, et juge le passé ; l’autre a soif de l’avenir et s’élance vers l’inconnu. Quand la passion emporte l’homme, la raison le suit en pleurant et en l’avertissant du danger ; mais dès que l’homme s’est arrêté à la voix de la raison, dès qu’il s’est dit : c’est vrai je suis un fou, où allais-je ? la passion lui crie : Et moi, je vais donc mourir ? (Le roseau pensant. Thierry Wanegffelen)

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.On pouvait entendre il y a peu un journaliste dire : « l’opinion la plus largement partagée veut que », ce qui sous entendait que toute opinion contraire devenait de ce fait, irrecevable, qu’elle ne devenait universelle que si elle était validée « un ensemble ». « Vous avez tort parce que vous êtes minoritaire » (Staline).  Nous ne pouvons pas réfuter l’idée qu’on puisse avoir raison, seul contre tous.
A cet effet, dans un ouvrage qui s’appelle « l’art d’avoir raison », Schopenhauer, évoque l’universalité d’une opinion : « L’universalité d’une opinion, n’est pas à proprement parler une preuve en soi…ceux qui affirment cela doivent admettre que l’éloignement dans le temps prive de sa force probatoire cette universalité, ou alors dans le cas contraire nous devrions réhabiliter toutes les vieilles erreurs, lesquelles passaient universellement pour vérités. Par exemple il faudrait réhabiliter le système de Ptolémée, rétablir le catholicisme dans tous les pays protestants …», plus avant, en mettant toujours en doute la formation d’opinion universelle, il écrit : « Finalement, ils sont bien peu ceux qui peuvent penser, mais tous veulent avoir des opinions, alors que faire d’autre, sinon que de prendre celles des autres déjà toutes prêtes au lieu d’avoir à les forger par soi-même. Les choses étant ainsi, que vaut la voix de cent mille personnes ? C’est comme une date historique (par exemple) que l’on retrouve chez cent historiens, mais tous l’ont pris de l’un qui l’a pris d’un autre, ce qui au final se réduit à l’affirmation d’un seul. Il cite à l’appui, le philosophie français Henri Bayle (Pensées sur la comète, Edit 1704. vol. 1, page 10) : « Je le dis moi, tu le dis toi, et finalement d’autres le dise. Lorsque cela a été dit tant de fois, on se souvient de ce qui a été dit, mais pas de celui qui l’a dit » (Luis)

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 « On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort. C’est difficile de juger. Moi, j’ai longtemps donné raison à tout le monde. Jusqu’au jour où je me suis aperçu que la plupart des gens à qui je donnais raison avaient tort ! Donc j’avais raison ! Par conséquent, j’avais tort ! Tort de donner raison à des gens qui avaient le tort de croire qu’ils avaient raison. C’est-à-dire que moi qui n’avais pas tort, je n’avais aucune raison de ne pas donner tort à des gens qui prétendaient avoir raison, alors qu’ils avaient tort. J’ai raison, non ? Puisqu’ils avaient tort ! Et sans raison, encore ! Là, j’insiste, parce que… moi aussi, il arrive que j’aie tort. Mais quand j’ai tort, j’ai mes raisons, que je ne donne pas. Ce serait reconnaître mes torts ! ! ! J’ai raison, non ? Remarquez… il m’arrive aussi de donner raison à des gens qui ont raison aussi. Mais, là encore, c’est un tort. C’est comme si je donnais tort à des gens qui ont tort. Il n’y a pas de raison ! En résumé, je crois qu’on a toujours tort d’essayer d’avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu’ils n’ont pas tord ». (Raymond Devos) A tort ou à raison. Page 123.

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 « La dialéctica está la última lógica de la aparencia. Pero incluso cuando se tiene razón, se necesita la dialéctica para defenderla, y uno debe conocer las estratagemes de la mala fe para enfrentarse a ellas. Hay que dejar a un lado la verdad, o considerarla accidental, y atender unicamente a cómo defiende uno sus afirmaciones y refuta las del otro…
« la dialectique est l’ultime logique de l’apparence. Même quand on a raison, on a besoin de la dialectique pour la défendre, et tout un chacun doit connaître les stratagèmes de la mauvaise foi pour les affronter. Il faut laisser de côté la vérité, ou la considérer comme accidentelle, y s’occuper uniquement, à, comment défendre une des affirmations, et réfuter celles de l’autre » (Arthur Schopenhauer. El arte de tenez razón)

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« Dans certains débats, la victime attirera d’avantage de sympathie que le bon rhétoricien qui écrase systématiquement les arguments de son adversaire. Les observateurs humanistes ont un penchant naturel envers le faible. Gagner une joute oratoire est une chose. S’attirer la sympathie des témoins peut être un gain préférable. On peut alors exhiber une blessure « victorieuse », celle-ci témoignant de la méchanceté de notre adversaire ».  (Schopenhauer. L’art d’avoir raison)

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 « Il faut se piquer d’être raisonnable, et non d’avoir raison »  (Joseph Joubert)

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« Il faut des raisons à ma raison pour qu’elle s’incline devant celle d’autrui » (Durkheim), mais si je dois avoir raison tout seul, cela va m’isoler, et peut-être vais-je préférer prendre le risque d’avoir tord, mais, avec les autres ; c’est accepter l’idée généralement admise, accepter les idées du discours dominant, lesquelles, somme toute, nous évitent  bien des conflits, c’est le conformisme. Et ma raison peut faire plus que s’incliner, elle peut finir par intérioriser, presque faire mienne, par imprégnation,  la raison du groupe ; ce que nous retrouvons dans des  milieux, du monde médiatique, politique, ou autres groupes sociaux où curieusement tout le monde pense pareil, ce que je nommerai un biais d’imprégnation. (Luis)                                                                                                             

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