Morale

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Grand Robert de la langue française : Qui concerne les meurs, les habitudes et surtout les règles de conduites admises et pratiquées dans une société.
Connaissance du bien et du mal ; théorie généralement conçue sous forme normative, de l’action humaine en tant qu’elle est soumise  au devoir et a pour but, le bien Cuvillier)
Ensemble des règles de conduite considérées comme valables de façon absolue.

Dictionnaire Lalande : Ensemble des règles de conduite admises à une époque ou par un groupe d’hommes. « Chaque peuple a sa morale, qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit. On ne peut donc lui en inculquer une autre, si élevée qu’elle soit, sans le désorganiser » (Durkheim)

Trésor de la langue française : Qui a rapport aux mœurs, aux coutumes, traditions de vie propre à une société, à une époque.

Dictionnaire Littré (en ligne) : Ensemble des règles qui doivent diriger l’activité libre de l’homme, décomposé en deux parties : démontrer que l’homme a des devoirs, des obligations, et faire connaître ces devoirs, ces obligations

Dictionnaire philosophe d’André Comte-Sponville : Ensemble de nos devoirs, autrement dit des obligations  ou des interdits  que nous imposons à nous-mêmes, indépendamment de toute récompense ou sanction attendue, et même de toute espérance. (Voir l’article)

Synonymes : Ethique. Exemplaire.

Contraires : Amoral. Débauche. Immoral. Immoralité. Laxisme.

Par analogie : Bien. Bonnes mœurs. Conscience. Corruption. Débauche. Désir. Devoir. Déontologie. Diable. Faiblesse. Faute. Habitude. Honnêteté. HonneurHumanisme. Interdits. Intégrité. Licence. Maximes. Probité.  Mal. Moraline., Moralisateur. Métamorale. Mœurs. Péché. Probité. Pureté. Principes. Religion. Regret. Règles. Remord. Repentir. Réputation.  Sens moral. Sentence. Tempérance. Tentation. Valeur. Vertu. Vice. Volonté.

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Kant défini l’acte moral dans cette formule, qui est l’impératif catégorique comme fondement à la morale :« Agis seulement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle »  (Fondation de la métaphysique des mœurs)

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Kant réputé comme une référence dans le domaine de la morale a valu chez Péguy cette remarque : « Kant a les mains pures, mais il n’a pas de mains »

Ce que nous dit d’autre façon Jean D’Ormesson dans son dernier ouvrage : «  J’admire les convictions, mais je crois aux situations. Que de moralistes passeraient à ceux qu’ils condamnent s’ils se trouvaient soudain dans la même situation qu’eux » (Jean d’Ormesson. Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.  Gallimard 2016)

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« Dire que la morale existe c’est penser avec Kant que l’homme est capable de vouloir le bien d’une façon pure : désintéressée et autonome. Agir moralement ne peut être simplement appliquer les préceptes d’une bonne éducation, comme un chien dressé qui appliquerait ce qu’on lui a appris ».. » (Schopenhauer) La morale ne serait que le déguisement de l’intérêt bien compris, ou le joli nom, hypocrite dont l’homme rebaptise le souci de son image ». (Philosophie magazine. Hors série Juin 2008. Page 70. La morale)

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Lorsque nous sommes enfants on nous inculque les règles de morale, de façon ludique par exemple comme avec « les fables de la Fontaine », puis vient l’adolescence, on voit comment vivent les hommes, on s’intègre à la société avec ses règles qui l’application de la morale, c’est à dire, l’éthique !
Quand je respecte les règles d’usage, quand je respecte les lois de mon pays, je fais mon devoir, je respecte les règles d’éthique.
Quand je respecte les règles, les injonctions de ma conscience, je respecte les règles morales.
Les règles morales sont les valeurs étalon de l’éthique. La morale serait une perfection de l’éthique, l’objectif qu’il faut viser même si on ne l’atteint pas toujours.

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« Car la représentation du devoir et, en général, de la loi morale, si elle est pure et ne se mêle d’aucun ajout étranger…, au lieu de quoi une éthique où tout vient se mêler, et qui se compose à la fois de mobiles empruntés, aux sentiments ou aux inclinations…ne peut que rendre l’esprit hésitant… ». (Kant. Fondation de la métaphysique des mœurs)

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« La pure morale est universelle. Elle ne subi aucune altération au cours du temps, non plus qu’aucun adjonction. Elle ne dépend d’aucun facteur historique, économique, sociologique, ou culturel ; elle ne dépend absolument de rien du tout. Non déterminée, elle détermine. Non conditionnée, elle conditionne. En d’autres termes, c’est un absolu » (Les particules élémentaires. Michel Houellebecq. P, 35. Coll. J’ai lu)

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«  Toute la connaissance de cette corruption est rendue plus difficile parce que ses manifestations sont masquées et réfrénées par l’ordre légal, par le besoin d’honorabilité, et même par la politesse. Il faut ajouter enfin que dans l’éducation des jeunes gens on croit favoriser leur moralité en leur présentant la probité et la vertu comme les maximes généralement suivies dans le monde. Or, lorsque plus tard, l’expérience leur enseigne, et souvent à leur grand dam, qu’il en est autrement en réalité, il peut être plus fâcheux pour leur moralité, de découvrir que les maîtres de son enfance, les ont trompés les premiers, que si ces maîtres leur avaient eux-mêmes exemple de la franchise et de la loyauté en disant sans détours : le monde se complait dans le mal, les hommes ne sont pas comme ils devraient être ; mais ne te laisse pas introduire en tentation, « sois meilleur toi » (Schopenhauer. Le fondement de la morale

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« La morale est, de toutes les dimensions de l’homme, celle qui paraît la plus rebelle à une explication scientifique, nécessairement matérialiste, et elle semble indiquer une origine transcendante  de l’homme ou, à tout le moins, une essence irréductible à la matérialité » (Y. Quiniou. Etudes matérialistes)

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« Or, la coutume du plus grand nombre c’est proprement la morale » (Anatole France. La vie littéraire. 1ère série. A Monsieur Adrien Hébrard)

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«  Il ne faut pas confondre, comme l’a dit Kant, le fondement de la morale avec le principe de morale. Le principe de morale, c’est une proposition première en laquelle se résument les devoirs ; sur ce principe, les moralistes sont au font d’accord : la meilleur expression est la suivante » Neminen laede, imo omnes, quatum potes, juva », «  Ne fais de mal à personne, aide chacun selon ton pouvoir »   (Schopenhauer. Le fondement de la morale. Préface)

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« En ce sens la morale n’est qu’une invention des faibles, qui incapables de triompher des forts sur le terrain de l’affirmation de soi, tentent pourtant de l’emporter dans l’histoire par la promulgation de règles morales flétrissant la vie, les valeurs » (Nietzsche)

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La question mise au concours de la société Royale des Science du Danemark en 1840 est : « La source et le fondement de la philosophie morale étant à expliquer doivent- ils être cherché dans une idée de moralité qui soit immédiatement contenue dans la conscience, ou bien dans quelque autre principe de connaissance ? ».
Schopenhauer va concourir avec l’ouvrage devenu célèbre « Le fondement de la morale ». Alors qu’il est seul concurrent le prix lui est refusé, sous des motifs évasifs.
« Car la morale a affaire aux effectives actions des hommes, et non à des châteaux de cartes à priori dont chacun n’a cure dans les heures graves de l’existence et dont l’effet, dans la tempête des passions, serait égal à celui d’un clystère sur un brasier ». (Schopenhauer. Le fondement de la morale. 1841. Page 89)

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« La morale est un obstacle au bonheur lorsque l’homme sacrifie son bonheur pour une cause morale. C’est l’opposition du bien du devoir et du bonheur ». (Nietzsche)

« La morale c’est le danger par excellence, l’instinct négateur de la vie : il faut détruire la morale pour libérer la vie ».                                                                                                           //   //

 « Par une subtile inversion des valeurs, le moralisme, idéologie affective des faibles procède à la dénonciation, afin de mieux exalter les passions faibles, au profit des passions fortes  ».// //

« La morale, qui édicte les règles intimes de cette socialité (de Darwin), tout comme le droit qui les institutionnalise, est donc un bien, car elle favorise le succès évolutif du groupe dans son affrontement vital avec les groupes concurrents. (Nietzsche)

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«  Dès lors, approuver la morale n’est rien de plus que suivre la règle du succès évolutif auquel elle a si puissamment contribué. Mais, objecteront les philosophes, obéir à la loi par calcul d’utilité, par conviction rationnelle ou par obéissance envers l’éducation reçue n’est pas un comportement « moral ». On peut aisément imaginer  – après les théories du contrat ou du pacte social édifiées depuis Hobbes – qu’un raisonnement strictement utilitaire puisse conduire au respect des valeurs et des comportements moraux qu’une société impose à ses membres. L’individu qui renonce à une partie de ses droits individuels ou de ses satisfactions égoïstes reçoit de son groupe en retour, une protection qui se renforce de chaque adhésion semblable à la sienne, et qui lui apporte un avantage indirect tout en assurant la suprématie de sa communauté dans une compétition vitale qui désormais s’exerce non plus entre individus, amis entre groupe »  (L’effet Darwin. Patrick Tort. P 110. Seuil. 2010)

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« J’appelle morale, un système de jugement de valeurs qui est en relation avec les conditions d’existence d’un être…ainsi existe-t-il une stricte relation entre un certain type de morale et un certain type d’homme »  (La volonté de puissance. Nietzsche)

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« Le mot de morale fait peur. Certains le ressente comme une tâche surhumaine, où le modèle d’Êtres, surhumains….elle a pour certains une connotation de terrorisme »  (Nietzsche)  

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« Lorsque la morale est ressentie comme oppression, alors l’individualisme devient une riposte, un moyen de se soustraire aux règles morales ».  (Kant)                                               

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Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. (Science des mœurs) c’est la science qui nous prescrit une sage conduite, & les moyens d’y conformer nos actions
S’il sied à bien des créatures raisonnables  d’appliquer leurs facultés aux choses auxquelles elles sont destinées, la Morale est la propre science des hommes ; parce que c’est une connoissance généralement proportionnée à leur capacité naturelle, & d’où dépend leur plus grand intérêt. Elle porte donc avec les preuves de son prix, & si quelqu’un a besoin qu’on raisonne beaucoup pour l’en convaincre, c’est un esprit trop gâté pour être ramené par ce raisonnement.
…..
La science des moeurs peut être acquise jusqu’à un certain degré d’évidence, par tous ceux qui veulent faire usage de leur raison, dans quelque état qu’ils se trouvent. L’expérience la plus commune de la vie, & un peu de réflexion sur soi-même & et sur les objets qui nous environnent de toutes parts, suffisent pour fournir aux personnes les plus simples, les idées générales de, certains devoirs, sans lesquels la société ne sauroit se maintenir.
En effet, les gens les moins éclairés, montrent par leurs discours & par leur conduite, Qu’ils ont des idées assez droite en matiere de morale…..
La science des mœurs s’est trouvée de tout temps extrèmement négligée, il n’est pas difficile d’en définir les causes. Il est certain que les divers besoins de la vie, vrais ou imaginaires, les faux intérêts. le torrent de la mode et les opinions reçues ,,, les passions surtout, détournent ordinairement les esprit  d’une étude sérieuse de la morale.
La morale des scholastiques  est un ouvrage de pieces rapportées, un corps confus, sans regle &sans principe, un mélange de pensées d’Aristote, du droit civil, du droit canon, des maximes de l’Ecriture-sainte & des pères. Le bon et le mauvais se trouve ensemble ,,, Les casuistes des derniers siècles n’on fait qu’enrichir en vaines subtilités, & qui pis est en erreurs monstrueuses…,
Enfin ce seroit mal connoître la religion, que de relever le mérite de la foi aux dépens de la Morale, car quoique la foi soit nécessaire à tous les Chrétiens, on peut avancer avec vérité, que la Morale l’emporte sur la foi à divers égards ;
1° Parce qu’on peut être en état de faire du bien, & de se rendre plus utile au monde par la Morale sans la foi, que par la foi sans la la Morale.
2° Parce que la Morale donne une plus grande perfection à a nature humaine, en ce qu’elle tranquillise l’esprit, qu’elle calme les passions, & qu’elle avance le bonheur de chacun en particulier.
3° Parce que la regle pour la Morale est encore plus certaine que celle de la foi, puisque les nations civilisées du monde s’accordent sur les points essentiels de la Morale, autant qu’elles different sur ceux de la foi. (Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Extrait de l’article : Morale)

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Le roi : …tu es un homme amoral Becket, (il se demande soudain) On dit amoral ou immoral ?
– Becket  Cela dépend de ce que l’on veut dire. La seule chose qui soit immorale mon prince, c’est de ne pas faire ce qu’il faut, quand il le faut.
– Le roi En somme, c’est un remède auquel tu ne crois pas, la morale ?
Becket Seulement pour l’usage externe mon prince ! (Becket ou l’honneur de Dieu. Anouilh)

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Dans la critique de la raison pratique, Kant, place au cœur de son éthique, la conscience, entendue comme voix intérieure, et qui se manifeste par un sentiment pur, (le respect), qui s’oppose aux inclinations sensibles qui affectent l’animal humain. Cette voix de la conscience, proclame à quiconque dans l’intimité de son âme, la valeur absolue de la loi morale
Pour Socrate tout homme porte en soi les vérités morales, il n’a pas à les apprendre du dehors, puisqu’il les découvre en réfléchissant sur la nature humaine. Nul n’a dit à Caïn que le meurtre de son frère était immoral, et pourtant il fuyait, à la recherche de la paix de son âme, à la recherche du bonheur empêché par le remords, tourmenté par cet oeil toujours fixé sur lui. (Y)

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 « Il y a une morale statique, qui existe en fait, à un moment donné dans une société donnée ; elle s’est fixée dans les mœurs, les idées, les institutions ; son caractère obligatoire se ramène en dernière analyse, à l’exigence de la nature de la vie en commun. Il y a d’autre part une morale dynamique, qui est élan, qui se rattache à la vie en général, créatrice de la nature, qui a créé l’exigence sociale ». (Les deux sources de la morale et de la religion. Bergson)

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« La morale ne nous apprend pas à être heureux, elle nous rend dignes du bonheur ». (Bergson)    

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Pas de morale, sans peur sociale.
« L’homme ne peut rester insensible au bien être de ses semblables, parce que le bien être et le bonheur individuel dépendent du bien être et du  bonheur collectifs. Ceci ne veut pas dire que les normes éthiques soient un pur travestissement d’intentions égoïstes. Les sentiments qui sont à la base de la vertu, sont les sentiments de sympathie naturelle envers les joies et les maux des autres hommes qui se définissent ensuite, selon des contingences historiques, comme des critères généraux de justice, des respects des pactes, et de l’obéissance à l’égard des institutions sociales », tout cela amène Hume à exclure de la morale toute forme de moralisme austère, d’auto humiliation, ou de mortification de l’âme et du corps, « La fin morale est le bonheur et la joie de vivre du plus grand nombre possible d’homme »  (Hume. 1711.1776. (Encyclopédie philosophique)

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« On peut obéir à une loi purement reçue (par l’éducation) ou prétendument révélée par les (prophètes), c’est-à-dire une information que l’on ne comprend que par la mémoire ou l’imagination, et ce que l’on appelle la morale des ignorants, laquelle pourtant peut suffire à assurer leur salut ». (Spinoza.  Traité de théologie politique)

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« Maintenant j’en reviens à la question que tu veux examiner : comment nous en arrivons à la conception initiale du bien et de la rectitude morale. La nature ne peut pas nous l’avoir enseignée ; elle ne nous en a pas donné de connaissance, mais des semences de connaissance. Certain soutiennent que le concept est venu à notre connaissance par hasard. Mais il est proprement incroyable que quiconque ait rencontré la forme de vertu fortuitement. Notre école soutien que ce sont l’observation et la comparaison mutuelle d’actes souvent accomplis qui ont constitué cette notion. Selon l’avis de nos philosophes, la rectitude morale et le bien sont saisis par analogie…Nous connaissions la santé du corps, à partir de là, nous avons formé la notion qu’il existe une santé de l’esprit….Certains actes de générosité, d’humanité ou de courage nous avaient étonnés. Nous avons commencé à les admirer comme s’ils étaient parfaits. Mais ils avaient beaucoup de défauts en dessous, cachés par l’apparence brillante d’un haut fait. Nous les avons négligés. La nature nous invite à porter aux nues les actions admirables…, de tels faits nous avons donc tiré l’idée d’un bien immense »  (Sénèque. Lettres. 120)

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Dans son ouvrage « Après la vertu » (1981) Alasdair Mac IncInctyre explique qu’une décision morale dépend de l’individu que nous sommes. Pour lui l’individu donne sens à sa vie aussi en prenant acte d’une histoire à laquelle il appartient : « Ce n’est pas » dit-il « que les individus vivent dans des circonstances sociales diverses, c’est aussi que nous sommes tous porteurs d’une identité sociale particulière. Je suis l’enfant de quelqu’un, l’oncle ou le cousin de quelqu’un, je suis citoyen de telle ou telle ville, membre de tel ou tel corps de métier, j’appartiens à tel clan, telle tribu, telle nation. Ce qui est bien pour moi doit donc aussi être le bien pour celui qui joue ces rôles. Du passé de ma famille, de ma ville, de ma tribu, de ma nation, j’hérite diverses dettes, legs, espoirs et obligations légitimes. Tout cela constitue le donné de ma vie, mon point de départ moral. C’est en partie ce qui donne à ma vie sa particularité morale »

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Article – Philosophie magazine n° 49. Mai 2011 Question à Charles Pépin : « Est-ce moral d’utiliser une vie pour en sauver une autre ? »
« En parlant d’utiliser une vie, vous pensez probablement, par exemple, à ce qu’on appelle « les bébés médicaments », conçus in vitro pour soigner une maladie génétique touchant un parent, frère ou sœur, ou alors au clonage thérapeutique, qui permet de sauver quelqu’un à partir d’un prélèvement de cellule opéré sur une autre personne, cette cellule, « spécialisée » en laboratoire, permettant ensuite de fournir un organe vital à la première personne. Est-ce moral ? Non, si nous partons de la définition kantienne de la morale, au cœur de la conception occidentale classique de cette notion. Être moral pour Kant, c’est agir « de telle sorte que tu traites l’humanité [….] toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ». la morale est donc incompatible avec l’instrumentation intégrale d’autrui, même si cette instrumentation part d’une bonne intention. Kant a une conception très pure, totale, pourrait-on dire de le morale. Dès lors que je me sers d’autrui comme un moyen, je ne peux pas être dans un rapport moral à lui [……] On comprend l’exaspération de Charles Péguy devant cette morale kantienne : « Le kantisme a les mains pures, mais c’est parce qu’il n’a pas de mains ». Pas  de mains, juste une idée pure du rapport à l’autre. Et ce n’est pas avec des idées pures qu’on assure la complexité de nos vies humaines, ni que l’on soigne les maladies génétiques des enfants. Une des façons de comprendre ce que c’est que « l’éthique » dans sa différence, donc, avec la morale, est de la présenter comme l’art de trouver les normes les meilleures ici et maintenant, mais sans sacrifier à l’exigence absolue d’une morale qui se voudrait sans tache. La morale vise la perfection, l’éthique essaie de faire au mieux. La morale voudrait poser une distinction indiscutable entre ce que préconise  et ce qu’interdit le devoir, l’éthique est l’art du moindre mal. Utiliser une vie pour en sauver une autre, n’est alors pas moral, mais éthique »

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Débat : Notre princopal but est la recherche du bonheur, bonheur pour nous, comme bonheur pour les autres. Mais il est patfois des voies, des moyens que nous ne pouvonsw empreinter pour arriver à cette fin, le bonheur.
Cette quête, cette recherche du bonheur, avec ses obstacles pourrait être imaginé par un pont, ou plutôt par un jeu de marelle, avec, d’un côté : les devoirs et à l’autre bout, le bonheur.

  1.  Tous les obstacles à passer sont d’abord : les lois, les coutumes, les croyances toutes les normes du groupe auquel nous appartenons.
  2. Puis nous avons à affronter d’autres embûches que sont : nos a priori, nos pulsions, nos faiblesses, notre intérêt personnel, celui du groupe, notre mauvaise foi, notre subjectivité…
  3. Enfin, à ce point, nous aurons à faire des choix ; Choix où nous tiendrons compte : de notre liberté, de nos désirs, de nos aspirations, de notre sensibilité, et, suivant les choix que nous aurons fait, nous arrivons sur les quatre dernières cases du « jeu de marelle », lesquelles sont :
    Morale universelle : Celle qui tend vers le bonheur de tous, dont le nôtre.
    Morale hédoniste : Celle qui tend vers son propre bien être, son bon plaisir, celui de ses proches.
    Morale religieuse : En accord avec un dogme, une idéologie, avec tous les préceptes religieux, règles et interdits.
  4. Morale subjective : définie en fonction de sa propre satisfaction, en fonction des droits que l’on s’attribue (Ethique).

   Chez les philosophes différentes écoles s’opposent.
A. Pour Nietzsche : « La morale est le danger par excellence, l’instinct négateur de la vie, il faut détruire la morale pour libérer la vie ».
B. Pour Thomas Hobbes : «  Ce serait en vain qu’on aurait droit à tendre vers cette fin (le bonheur) si l’on avait pas aussi le droit d’utiliser tous les moyens pour y parvenir » (Philosophe anglais. 1650 De Cive, référence du Libéralisme économique)
C. Jean Paul Sartre : « Si j’assouvis mes désirs, je pêche, si je réfrène mes désirs ils m’infectent l’âme, ils sont un obstacle au bonheur…, alors comment distinguer le Diable du bon Dieu ? »
D.Les Epicuriens que l’on présente très souvent comme d’impénitents jouisseurs de la vie, sont en fait les plus modérés, et sont ceux qui placent la morale comme suprême but au bonheur. Ils nous disent que l’on ne peut pas être d’accord avec la société, si l’on n’est pas déjà d’accord avec soi-même. (y)

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La morale poussé à l’extrême a la plus grande exigence de vertu, et abouti parfois au contraire du but recherché, et est obstacle au bonheur. La Révolution française avec le culte de la Raison, voulait le bonheur du peuple. Dans une pièce de Jean Anouilh, * dernier fait dire à son personnage Robespierre : »Il faudra qu’un jour la France cesse d’être légère, qu’elle devienne ennuyeuse comme moi, pour être enfin propre ». * (Pauvre Bitos).

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« La morale pour certains a une connotation de terrorisme… » « Lorsque la morale est ressentie comme oppression, alors l’individualisme devient une riposte, un moyen de se soustraire aux règles morales » (Kant)

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Pour Socrate tout homme porte en soi les vérités morales, il n’a pas à les apprendre du dehors, puisqu’il les découvre en réfléchissant sur la nature humaine. Nul n’a dit à Caïn que le meurtre de son frère était immoral, et pourtant il fuyait, à la recherche de la paix de son âme, à la recherche du bonheur empêché par le remords, tourmenté par cet oeil toujours fixé sur lui. (Y)

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La morale commande, l’éthique recommande. Dans le monde médical on utilise le mot éthique et non le mot morale, ce qui défini bien la différence entre les deux.
La morale c’est : les règles de conscience individuelle
L’éthique, c’est : des règles imposées, propres à une culture, en un temps, en lieu, dans une civilisation. Donnée. Ethique en lieu et place de morale c’est  souvent  un déplacement sémantique utilisé par des idéologies, ou totalitarismes.
La morale commande, l’éthique recommande. (y)

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« La morale a été inventée par les faibles …ceux-ci doivent accepter l’obéissance aux forts, à ceux qui dominent, c’est la loi de la nature ». (Nietzsche)

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« En vérité, les hommes se sont à eux-mêmes leurs règles du bien et du mal. En vérité, ils ne l’ont empruntée ni trouvée, elle ne leur est point venue comme une voix du ciel ».(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra)

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« L’homme, même le plus cynique tente, même par des sophismes de justifier sa conduite ».  (Kant)

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« La morale est une question de conscience personnelle » (François Bayrou, le 1er juin 2017 lors de la présentation de la loi, initialement nommée « loi sur la moralisation de la vie publique » Alors qu’il va présenter cette loi de moralisation, voilà qu’un ministre de ce tout nouveau gouvernement qui promet de laver « plus blanc que blanc » se trouve pris dans un conflit d’intérêt. Affaire qui n’est pas à priori considérée comme illégale, mais reconnue par tous les observateurs, comme relevant de la morale. Légal dira t-on, mais immoral.
Ainsi, le Ministre se voit dans l’obligation de changer le nom de la loi, laquelle devient, « Loi pour la confiance dans la vie démocratique ».
(On passe de la morale à la confiance, on descend d’un cran)
Donc le Ministre nous dit que la morale, c’est finalement, chacun la sienne, qu’on ne peut se référer à  des règles de valeurs morales collectives.
Bon sujet de philo. (Y)

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« « La morale en général pose un commandement qui ne s’adresse qu’à l’individu, et n’exige que l’absolue personnalité. . L’éthique pose un commandement qui suppose une société d’êtres moraux et qui assure la personnalité de tous les individus par  ce qu’elle exige de chacun d’eux » (Schelling)

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Un personnage dans l’œuvre de Sartre : Les mains sales, in personnage dit « Quand on se la saute, c’est pas avec sa tête qu’on pense…Toi tu n’as jamais eu faim, tu es venu chez nos pour nous faire la morale comme les dames visiteuses.. 

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«  La société occidentale est régie par une morale dont les éléments se sont dégagés par étapes successives. Après avoir pris naissance dans les sanctions indifférenciées, mais souveraines de la société primitive, cette structure morale est ensuite passée, par un degré concret, dans les premières civilisations de l’Egypte et de la Mésopotamie, puis parvenue à un degré élevé dans l’éthique des Hébreux et des grands penseurs de la Grèce et de Rome. Elle a enfin fourni au monde, désigné plus tard de Chrétienté, les impératifs moraux de Jésus et du nouveau testament… » (Georgia Harkness. Les sources de la morale occidentale. Payot 1954)
(Georgia Harkness, professeur à la Pacific school of religion (Berkley)

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